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Alfred DELCLUZE

Naissance: 0000 Décès: 1923
Maire de Calais pendant la Troisième République, du 13 novembre 1898 au 10 mai 1900. Fils de cultivateurs de Les Attaques, il quitte l’école à douze ans et s’installe à Calais comme employé de commerce. Lié à Émile Salembier, il participe à la fondation du Parti Ouvrier Français de Calais, dont il est le secrétaire, attirant par là même la méfiance des patrons, ce qui lui vaut de perdre son emploi de tulliste et de devenir cafetier, rue du Four-à-Chaux. Rédacteur-gérant du journal Le Réveil ouvrier, il est condamné (1888) pour diffamation et effectue sept mois de prison à Boulogne, en dépit des plaidoiries de son avocat, Alexandre Millerand (futur Président de la République). Cette condamnation lui vaut la reconnaissance des ouvriers, et il est aussitôt élu au Conseil municipal, puis au Conseil général (1890) où il est seul à défendre leur cause dans cette assemblée de notables. Il donne des conférences appréciées, en France et à l’étranger, sur l’histoire du prolétariat et l’organisation du mouvement socialiste. Il est le premier à réclamer un congé pour les femmes enceintes. À la démission de Salembier, devenu son rival, il est élu maire de Calais. Comme on pouvait s’y attendre, son mandat est marqué par les préoccupations sociales : locaux scolaires, retraites des employés municipaux, ouverture d’une bourse du travail. Mais il est de courte durée (dix-huit mois). Aux municipales suivantes, Salembier présente sa liste contre la sienne. Aristide Briand en personne se déplace pour arbitrer la querelle, et comme Delcluze refuse la constitution d’une liste unique, il est dénoncé par le chef des socialistes français, Jean Jaurès. La droite l’emporte et Le Petit Calaisien accuse Delcluze d’avoir « livré l’hôtel de ville aux patrons et trahi la classe ouvrière de Calais » ! Il mettra neuf ans à se remettre de cette déroute. En 1909, il est élu député. Il effectue cette fois un mandat complet, ne quittant l’Assemblée Nationale qu’au début de la première Guerre mondiale. Alors qu’il n’a pas encore soixante ans, il se retire définitivement dans une modeste maison de la rue des Soupirants, où il meurt neuf ans plus tard. Le Conseil municipal doit voter une subvention exceptionnelle pour lui éviter la fosse commune. La rue qui porte son nom traverse la rue des Soupirants pour déboucher sur le boulevard Gambetta, et passe à quelques mètres de sa maison. Il offre l’exemple symbolique d’un homme mort dans le dénuement après avoir été maire et député.